MAN OF STEEL - la critique

Man Of Steel, écrit par David S. Goyer, d'après le comics créé par Jerry Siegel & Joe Shuster. Réalisé par Zack Snyder. Avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Kevin Costner, Diane Lane, Russell Crowe, Laurence Fishburne. USA - 2013. 143mn. Sortie le 19 juin 2013.

 

"Produit par Christopher Nolan, le réalisateur de la trilogie The Dark Knight"... "Réalisé par Zack Snyder, le metteur en scène de 300 & Watchmen"... "Ecrit par David S. Goyer, le scénariste de Batman Begins"... Telles des incantations visant à mettre fin une bonne fois pour toutes à la scoumoune qui semble coller à la cape du Kryptonien, ces phrases ont été martelées avec insistance au fil d'une campagne promo version mastodonte. Il faut bien reconnaître que depuis le Superman de Richard Donner en 1978, le comics créé par Joe Shuster et Jerry Siegel n'aura pas connu que des jours heureux sur le grand écran : entre un Superman II remonté en dépit du bon sens, des Superman III et IV qui plongent dans les tréfonds du nanar et une multitude de projets avortés (dont un mis en scène par Tim Burton), la saga du fils de Krypton n'aura jamais su capitaliser sur l'aura pourtant énorme que le premier volet cinématographique avait suscité.

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C'est en fait sur le petit écran qu'il faut aller chercher sa dose de Clark Kent, soit du côté de la comédie romantique Lois & Clark, les aventures de Superman ou bien du côté du teenage soap Smallville, plutôt très bon au demeurant, qui réinvente la mythologie du personnage avec panache. La Warner tenta bien de faire voler de nouveau le super-héros en 2006 grâce à Bryan Singer, à qui il fut tout simplement demandé de réitérer le petit miracle opéré avec ses X-Men : avec pour résultat des critiques plutôt mitigées et un accueil public frileux, le pourtant très bon Superman Returns fut considéré comme un échec et renvoya Kal-El pleurer dans sa Forteresse de Solitude.

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Alors que la Marvel engrange des milliards de dollars à ne plus savoir qu'en faire grâce à ses adaptations d'Iron Man, de Thor et le crossover dantesque Avengers de Joss Whedon, DC Comics ne peut quant à elle compter que sur la saga Batman pour se rappeler au coeur du public, le navrant Green Lantern se payant en effet le luxe d'être à la fois un échec critique et commercial. Ainsi, boostée par les excellents scripts de David S. Goyer (Blade) et Jonathan Nolan (Person Of Interest), la mise en scène toute en subtilité de Christopher Nolan (Inception) et les interprétations fiévreuses de Christian Bale et du regretté Heath Ledger en tête, la trilogie The Dark Knight est un triomphe planétaire : la relecture sombre et tourmentée du héros de Gotham City séduit le public et c'est donc en toute logique que Nolan et Goyer sont appelés pour remettre au goût du jour la saga du fils de Krypton. Première surprise : Christopher Nolan, au delà de l'histoire écrite avec David S. Goyer, reste cantonné à son rôle de producteur tandis que la lourde tâche de mettre en scène le film est confiée à Zack Snyder. Cinéaste au sens visuel imparable mais au style légérement pompier (300 et ses ralentis, Sucker Punch... et ses ralentis), Snyder semble donc être l'un des choix les moins évidents si l'on s'imagine que le futur Man Of Steel adoptera le style cérébral et tortueux des précédents The Dark Knight.

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Psychologie et grand spectacle?.. En y réfléchissant bien, c'est à cette conclusion que l'on arrive si l'on cherche à percer les raisons d'une telle association entre un cinéaste plutôt rentre-dedans et un autre plus facilement porté sur l'étude de caractère... et c'est également cette même conclusion qui fait attendre le film avec une excitation énorme, entretenue par des bandes-annonces somptueuses et furieusement exaltantes. Et c'est enfin ce qui fait que la déception n'en est que plus forte...

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Là où le Caped Crusader version Goyer/Nolan voyait ses tourments et ses doutes mis en scène avec un sens de l'épique exceptionnel, leur approche de Clark Kent souffre avant tout d'une écriture bien paresseuse qui empêche, et ça sans vilain jeu de mots, le film de décoller véritablement. Pourquoi comparer ces deux franchises alors que les deux héros n'ont rien à voir l'un avec l'autre? S'il est vrai que les liens entre un surhomme extraterrestre et un héros qui plie sous le poids, justement, de son humanité sont plutôt faibles, il paraît impossible de faire l'impasse sur la démarche commune envisagée par l'équipe créative. Tout comme la trilogie The Dark Knight se voulait une relecture du mythe Batman sous le prisme d'une déconstruction pleine de noirceur, Man Of Steel adopte le même point de vue en faisant du fils de Krypton un personnage en quête de ses origines et cherchant des réponses à sa place sur Terre. Malheureusement, ces interrogations ne dépassent que très rarement le stade des évidences et ne font qu'effleurer les aspérités d'un individu nulle part à sa place, la faute à une narration beaucoup trop lâche. En alternant présent et flashbacks, David S. Goyer cherche à creuser les traumas et questionnements de son personnage à travers différents moments de sa vie et à y apporter, si ce n'est des réponses, au moins des pistes de réflexion visant à définir son héros torturé : une forme de narration tout à fait pertinente (voir... Batman Begins) mais qui se résume malheureusement à de simples moments "carte postale" où semble y être collé un post-it nous disant bien : "Attention! Moment de réflexion!" Cette déception narrative contamine ainsi les 143 minutes de métrage au point de ne presque jamais faire ressentir la moindre empathie envers son personnage principal et encore moins envers les secondaires. Kevin Costner et Diane Lane se trouvent ainsi honteusement sous-exploités alors que ce sont pourtant eux qui sont à l'origine des moments les plus poignants de Man Of Steel, des moments où, derrière la beauté plastique, semble enfin poindre un coeur qui bat. D'une pulsation malheureusement trop irrégulière et qui vient confirmer le manque de "chaleur" de l'entreprise.

Le développement psychologique de Clark ne dépasse ainsi finalement jamais le stade des grosses tirades entendues dans les bandes-annonces et se révèle d'une pauvreté surprenante de la part du tandem derrière la réussite éclatante de The Dark Knight. Lorsqu'à l'amorce du climax, les habitants de la Terre se demandent qui est ce Superman que réclame Zod sous peine de détruire leur planète, le spectateur se pose exactement la même question...

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Le climax justement, parlons-en un peu... Si l'on attendait la patte de Nolan et de Goyer sur l'aspect narratif et thématique, c'est bien Zack Snyder qui se devait de nous filer des baffes dans les yeux à chaque plan : de ce point de vue-là, pas grand chose à redire tant Man Of Steel déborde d'idées de mise en scène (les zooms et dézooms pendant les scènes de combats offrent un rendu de puissance estomaquant), se montre généreux dans sa direction artistique et dans ses séquences d'action de folie. Délaissant certains de ses effets, le réalisateur du superbe Watchmen arrive enfin à faire ressentir à (et par) l'image la force de Superman et livre des instants de destruction massive encore rarement vus sur un écran de cinéma! Et ça, il le sait bien le père Snyder parce qu'avec sa bataille finale de presque une heure, c'est... comment dire?.. Indigeste? Répétitif? Je me plains souvent des blockbusters qui aligent deux pauvres scènes d'action sur tout le film, qui plus est presque intégralement spoilées par les extraits, je devrai donc sauter de joie quand un réalisateur m'offre sur un plateau des séquences de fights de folie où la puissance et la force des coups n'ont d'égales que les dégâts causés... Oui, mais au bout d'un moment, trop c'est trop et on finit par décrocher : le récit (si on peut appeler "récit" le fait d'essayer de savoir sur quel immeuble va rebondir Superman après la mandale que Zod lui aura envoyée...) n'offre aucune respiration et finit par devenir une sorte de bande démo pour un studio d'effets spéciaux. Le combat dans Smallville, précédant la très longue séquence de guerre de fin, est un vrai plaisir tant il varie l'action (fusillades, mano à mano, attaque aérienne...) et montre tout le talent de Snyder derrière la caméra : si certains avaient pu émettre quelques réserves sur ses précédents films, ils ne pourront que s'incliner devant la maîtrise formelle dont il fait preuve avec Man Of Steel. Comme je le disais précédemment, la narration du film n'arrivant jamais à créer une sensibilité, il en résulte une succession d'images vides de sens. Une impression d'autant plus rageante que le film regorge de plans beaux à en chialer capables de vous hérisser les poils des bras : Jonathan Kent avec la tornade derrière lui? Marqué à vie sur ma rétine, c'est dit. Mais des beaux plans ne font pas, au grand dam de certains, de belles séquences s'ils ne sont pas liés par l'envie d'y faire battre un coeur.

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Relecture audacieuse d'un mythe qui aurait pu s'avérer passionnante tant certains des parti-pris montrent une réelle volonté de s'approprier un matériau archi-connu, Man Of Steel déçoit donc par la distance qu'il créé avec le spectateur : rarement impliqué, celui-ci en vient à être le témoin passif d'une aventure certes ébouriffante d'un point de vue visuel et sonore (le score encore une fois imparable de Hans Zimmer est une vraie réussite) mais qui peine à faire du film le spectacle total qu'il se rêverait d'être. Rassurée par le succès de Man Of Steel, la Warner a d'ores et déjà mis en chantier une suite et on ne peut qu'espérer que cette séquelle soit à la saga du fils de Krypton ce que The Dark Knight (2008) avait constitué pour la saga Batman initiée par Christopher Nolan : un hommage sincère à un personnage légendaire tout comme l'aboutissement total de son entreprise de réappropriation du chevalier masqué... 

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Crédits photos et résumé : Warner Bros. Pictures, CW, AlloCiné.

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