milius-documentary-poster-421x600

 

Nom : Milius. Prénom : John. Profession : scénariste, réalisateur et producteur de classiques comme Apocalypse Now, Magnum Force ou bien Conan Le Barbare. Points forts : grande gueule, franc-tireur. Point faible : incompris.

Un documentaire signé Joey Figueroa et Zak Knutson, où nous retrouverons des interviews de Steven Spielberg, Oliver Stone ou encore Michael Mann, tentera d'apporter un éclairage nouveau sur cette personnalité au caractère bien trempé.

 

tumblr mcn0wgKyXr1qhccpao1 1280

 

"J'adore l'odeur du napalm au petit matin..."

 

Prononcée par le personnage de Robert Duvall dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, cette réplique est une des plus célèbres de John Milius et accessoirement l'une des plus célèbres de l'Histoire du Cinéma.

Camarade de classe de George Lucas à l'USC (University of Southern California School of Cinema-Television), Milius fait office d'outsider dans le paysage hollywoodien : se définissant lui-même comme un "anarchiste zen", farouche défenseur du port d'arme et aux idées très conservatrices, le réalisateur de L'Aube Rouge s'est rapidement vu taxé de réactionnaire et de bourrin sans cervelle par certains critiques n'ayant pas fait l'effort de voir au-delà du personnage outrancier que lui-même se plaît à entretenir.

 

600full-john-milius

 

Pourtant, quand on met de côté cette "controverse", on se rend tout simplement compte que John Milius n'est rien moins que l'un des plus importants scénaristes et réalisateurs des années 70 et 80 : on lui doit ainsi le script du meilleur volet de la saga de L'Inspecteur Harry, Magnum Force, le superbe Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, le monumental scénario d'Apocalypse Now de Coppola ou bien encore l'excellent Extrême Prejudice de Walter Hill. Egalement script doctor (personne embauchée pour "améliorer" un scénario), il a fait profiter de sa science du dialogue et du récit plusieurs films comme Les Dents de la Mer de Steven Spielberg ou bien A la poursuite d'Octobre Rouge de John McTiernan.

 

11886723-mmmain

 

Derrière la caméra, on lui doit entre autres le classique de l'heroic-fantasy qu'est le premier volet de Conan (co-écrit avec Oliver Stone), le grand film d'aventures Le Lion et le Vent, avec Sean Connery et le plus subtil qu'il n'y paraît L'Aube Rouge avec Patrick Swayze et Charlie Sheen. John Milius est un conteur d'une grande justesse qui sait camper des personnage forts, complexes et attachés à un code d'honneur et des valeurs ancestrales... bref, des personnages qui font directement écho à la personnalité de leur géniteur. A savoir un homme passionné par l'Histoire et les grands conquérants et qui n' a eu de cesse d'interroger la place et la véracité de ces valeurs, qui peuvent apparaître archaïques et dépassées, dans une société sans cesse en mouvement.

 

Milius-on-the-set-of-Conan-with-Schwarzenegger

 

Dialoguiste burné (je ne vois pas mieux pour le définir...) qui sait faire des mots de véritables armes, John Milius est à l'origine de quelques-unes des plus belles tirades que compte le 7ème Art et ce serait un sacrilège que de ne pas en dévoiler ici toute la saveur...

 

DirtyHarry

 

« Je sais ce que tu penses. "C'est six fois qu'il a compté ou c'est cinq seulement ?". Si tu veux savoir, dans tout ce bordel j'ai pas très bien compté non plus. Mais c'est un .44 Magnum, le plus puissant soufflant qu'il y ait au monde, un calibre à vous arracher toute la cervelle. Tu dois te poser qu'une question : "Est-ce que je me sens en veine?" Alors, comment te sens-tu, voyou? »

Clint Eastwood, dans Dirty Harry

 

 

jaws quint 

 

« Un sous-marin japonais nous a mis deux torpilles par le travers avant, voilà Chef. Ça s’oublie pas, ça. On rentrait d’une mission de l’île de Tinian où on avait livré une bombe, celle d’Hiroshima. LA bombe. Onze cents marins à la mer. Le navire a coulé en douze minutes. On est resté sans voir un seul requin pendant près d’une heure. Tout d’un coup, un quatre mètres. Vous savez comment ça s’évalue quand on est dans l’eau? À la distance entre la dorsale et la queue. Mais nous on savait rien. Le coup de la bombe avait tellement été gardé secret qu’aucun signal de détresse n’était parti. On est resté huit jours sans être portés manquants. Aux premières lueurs de l’aube, les requins commencent à rôder, alors on a formé des espèces de groupes compacts, comme, comme les carrés qu’il y avait dans l'ancien temps, vous voyez, celles qu'ils ont fait à Waterloo. Alors on s’est dit, si un requin approche de trop près, le premier rang se débattra dans l’eau, il gueulera, il se remuera, des fois ça suffit, le requin il fout le camp. Mais des fois ça marche pas, il reste là. Si vraiment il s’incruste, alors là, attention, il vous regarde droit dans les yeux et je vais vous dire, moi, ça a des yeux sans vie, sans rien, une paire d’yeux tous noirs, des yeux de nounours. Quand il s’approche de vous, le requin, il est pas vivant. Jusqu'à ce qu’il vous happe. Là, ses p’tits yeux noirs, il deviennent blancs et alors, ah on entend des cris terribles qui vous percent les tympans, et l’océan est tout rouge, et malgré qu’on se débatte, qu’on gueule, qu’on hurle, ça grouille de partout et ça vous met en pièces. À l’aube de c' premier jour, cents hommes étaient morts. Y avait ch'sais pas combien de requins, peut-être un millier, ch'sais pas combien d’hommes, mais il en partait six à l’heure en moyenne. Le matin du jeudi, je me retrouve tout près d’un vieux copain. Il s’appelait Robinson, un type de Cleveland, maître d’équipage, joueur de base-ball. J’ai cru qu’il faisait un somme, alors je me suis dit ’faut que je le réveille. Il faisait des bonds dans l’eau, des bonds dans l'eau comme un jouet de celluloïd. Il était debout...complètement cisaillé à partir de la taille. Le cinquième jour à midi, monsieur Hooper, un Lockheed Ventura nous a survolés à basse altitude et nous a vus. Ç'était un jeune pilote le gars, plus jeune que monsieur Hooper, enfin bref, ils nous a vus, il est reparti, puis on a attendu encore trois heures, puis y a un hydravion qui s’est pointé, qui nous a pris à son bord. Vous voulez que je vous dise? C’est à ce moment-là que j’ai eu les foies. En attendant mon tour. De ma vie, jamais plus je ne remettrai un gilet de sauvetage. Sur onze cents naufragés, 316 survivants furent repêchés. Les requins avaient eu les autres, en ce jeudi 19 juin 1945. Enfin, on avait livré la bombe. »

  Robert Shaw, dans Les Dents de la Mer

 

Croisons les doigts pour que Milius, présenté ce mois-ci au festival South By Southwest (Texas), arrive très prochainement dans nos contrées et remette dans la lumière l'une des figures les plus importantes du cinéma US de ces 40 dernières années. Et en attendant, vous pouvez revoir Conan, Apocalypse Now ou Rome, la série diffusée sur HBO qu'il a co-créée, pour commencer à percer le mystère de l'homme derrière le mythe...

 

 

 


 

Crédits photos et répliques : United Artists, Warner Bros.

Retour à l'accueil