MISSION IMPOSSIBLE - Protocole Fantôme

Mission Impossible: Ghost Protocole, réalisé par Brad Bird. Ecrit par André Nemec & Josh Appelbaum. Avec: Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg, Paula Patton. USA - 2011 - 134mn.

 

Ethan Hunt est de retour! Et on peut dire qu'il est en très grande forme.

Pour son premier film "live" (c'est-à-dire avec des acteurs en chair et en os), Brad Bird à qui l'on doit les chefs d'oeuvre d'animation que sont Les Indestructibles et Ratatouille ne s'est pas attaqué au projet le plus simple: les "Mission Impossible", depuis le 1er volet en 1996, ont toujours été au service de leur star Tom Cruise, un vehicule pour la vedette qui, de par son statut de producteur laissait très peu de marge de manoeuvre aux différents réalisateurs de la saga (Joe Carnahan, metteur en scène de Narc et L'Agence Tous Risques, un temps engagé pour le troisième volet pourra en témoigner...).

Paradoxalement, c'est cette mainmise de la part de Cruise et sa volonté d'avoir un réalisateur différent à chaque film qui donne un ton propre à la saga et apporte une fraîcheur (appréciée ou pas) intéressante. Le premier volet, réalisé par Brian DePalma déroulait une excellente intrigue d'espionnage qui, en trahissant le concept même de la série (plus d'équipe), présentait de fait le cahier des charges de ce qui allait devenir une très rentable saga: de l'action, un réalisateur de renom à la barre et Tom Cruise...

MISSION IMPOSSIBLE - Protocole Fantôme

 

Cette ambition très louable vient pourtant à cafouiller dès le deuxième épisode réalisé par John Woo: car si DePalma et son scénariste David Koepp avaient eu la gentillesse de nous proposer une très bonne histoire pour le premier film en 96, Woo lui, laissera tomber totalement son scénario (dire que c'est le scénariste de Chinatown de Polanski, ça fait mal...) au profit de scènes d'action certes excellentes mais qui cachent difficilement leur vrai rôle: faire oublier la maigreur du script en mettant Cruise dans tous les plans et en laissant Woo s'autoparodier à grands coups de ralenti dans tous les coins... Bref, après la réussite du Mission Impossible, la douche est froide.

MISSION IMPOSSIBLE - Protocole Fantôme

Lorsque J. J. Abrams (créateur de Lost et Fringe) pour son premier film en tant que réalisateur (tiens donc...) est engagé par Tom Cruise après que celui-ci ait été conquis par quelques épisodes d'Alias, on ne donne pas cher de sa peau... Et pourtant...

Contrairement à de nombreuses critiques, j'adore MI 3: on y retrouve le Abrams d'Alias et ça c'est bon! Il y a du rythme, de l'action, une intrigue plutôt bien fichue, un excellent méchant incarné par Philip Seymour Hoffman et Tom Cruise ne cherche pas à voler la vedette. En revenant aux fondamentaux de la série qu'il mixe avec son sens du divertissement et par l'entremise d'un scénario assez malin, Abrams parvient à redorer le blason d'une saga ternie par un second volet très dispensable.

MISSION IMPOSSIBLE - Protocole Fantôme

Malheureusement, le film ne sera pas un énorme succès et semble ainsi mettre fin prématurément à l'aventure.

L'espoir renaît (oui, c'est ce que j'ai ressenti) lorsqu'un quatrième volet est annoncé mais mêlé à une certaine inquiétude: après une série d'echecs (Knight and Day, Walkyrie), Tom Cruise a bien besoin de se refaire une santé au box-office et on peut légitimement craindre une redite du deuxième épisode avec un réalisateur sans personalité entièrement dévoué à sa star... L'arrivée de Brad Bird, pour son premier film "live" je le rappelle, semble confirmer ces doutes malgré la présence de J. J. Abrams en producteur et celle de deux anciens d'Alias au scénario.

Grossière erreur! N'y allons pas par quatre chemins, c'est une grosse claque que l'on se prend à la vision de Mission Impossible 4: c'est un divertissement généreux, fun et diablement intelligent. Partant littéralement du titre de la saga , les scénaristes Némec et Appelbaum rendent vraiment la mission impossible et s'amusent à faire s'enchaîner les obstacles, les embûches pour nos héros. Oui, oui, je dis bien héros au pluriel car on assiste, comme pour le troisième épisode mais en mieux, au retour d'une équipe où chaque personnage a sa place, compte et existe pendant les 134 minutes de film.

Dès ses premiers instants, MI 4 présente une série de cafouillages, de dysfonctionnements finalement assez nouveaux dans la saga: les héros, désavoués par le gouvernement, se retrouvent sans arsenal et sans gadgets... et quand ils ont l'opportunité d'en avoir, ceux-ci ne fonctionnent pas! Tout va de travers à chaque étape et c'est cette succession d'échecs qui mène le film et rend son visionnage tout simplement jouissif. Ce bonheur ne serait rien sans les morceaux de bravoure attendus qui ont fait la réputation des précédents opus (le cambriolage de la chambre forte dans le 1, la poursuite finale en moto dans le 2 et l'attaque du pont dans le 3) : pas d'inquiétude de ce côté-là, le film en regorge, tous plus originaux et impressionnants les uns que les autres.

MISSION IMPOSSIBLE - Protocole Fantôme

Brad Bird réussit haut la main son passage vers le film "live" en mettant en scène de manière prodigieuse les séquences d'action du film: entre une scène d'acrobatie à Dubaï proprement vertigineuse où le mot "suspense" retrouve ses lettres de noblesse, une poursuite en pleine tempête inédite et captivante et un combat final mano à mano à la fois brutal, enlevé... et burlesque dans la façon qu'a Bird de "maltraiter" les corps des deux combattants comme il le ferait dans un film d'animation, Mission Impossible: Protocole Fantôme est très généreux en décharges d'adrénaline.

En imprimant au quatrième volet de la saga une science du découpage alliée à une mise en scène claire et lisible (pas de caméra qui bouge dans tous les sens, on comprend toujours ce qui se passe à l'écran), Brad Bird fait peuve d'une maîtrise hallucinante et, pour son coup d'essai, nous livre carrément un vrai coup de maître.

MISSION IMPOSSIBLE - Protocole Fantôme

Crédits photos: Paramount Pictures.

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