MUD - la critique

Mud - Sur les rives du Mississippi, écrit et réalisé par Jeff Nichols . Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Sam Shepard, Reese Witherspoon, Michael Shannon. USA - 2012. 130mn. Sortie le 1er mai 2013.

Une île perdue au milieu de nulle part... Un homme mystérieux recherché par la police... Deux jeunes enfants qui, à son contact, vont grandir plus vite qu'ils n'auraient dû et découvrir les affres de l'amour et de la vie... L'irruption irréelle, magnifique et terriblement violente du monde des adultes dans celui de l'enfance...

De ces différents éléments et personnages, vus maintes et maintes fois sur le grand écran dans des oeuvres essentielles telles que Stand By Me ou La Nuit du Chasseur, Jeff Nichols va tirer un film profondément humain, superbe et cruel poème sur la Nature. Celle de l'Homme et celle qui l'entoure.


Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississippi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

MUD - la critique

Après les très remarqués Shotgun Stories et Take Shelter, il n'est pas peu dire que le nouveau film de Jeff Nichols était attendu au tournant. Celui que tout le monde avait vu comme un héritier direct du cinéma de Terrence Malick nous livre avec Mud un récit classique et qui trouve justement toute sa saveur et toute sa puissance par le jeu référentiel qu'il instaure avec le spectateur. Un spectateur qui reconnaît forcément les mécanismes inhérents (perte de l'innocence, création d'une figure paternelle autre...) de la fable initiatique que le metteur en scène est en train de tisser devant lui, mais qui ne peut qu'être subjugué par la grâce avec laquelle ils lui sont présentés. De fait, en plus d'en faire le symbole des revirements affectifs et émotionnels de ses personnages et de son histoire, Jeff Nichols se sert du Mississippi comme d'une représentation physique d'une certaine Histoire du cinéma américain, un "fil" qui lui permet d'y accrocher les figures imposées du genre auxquelles il offre un écrin magnifique, tout en nuance.

MUD - la critique

On dit de Clint Eastwood qu'il est un réalisateur "classique" : dans la bouche de ses détracteurs, ce terme sonne comme un reproche, celui de ne pas être dans l'air du temps, de filmer "vieux". Dans celle de ses adorateurs (et j'en fais partie, croyez-moi!), ce terme désigne au contraire toute la puissance d'un cinéma qui sait créer des émotions par la subtilité d'un regard, par la grâce d'un plan et qui, surtout, sait se nourrir de son Histoire et de ses codes. Avec Mud (et comme ses précédents films d'ailleurs), Jeff Nichols inscrit de plein pied son cinéma dans l'Amérique rurale : celle des petites villes sans âme, traversées par des pickups déversant ses travailleurs en quête d'argent et où la jeunesse ne trouve de distraction qu'à se réunir sur des parkings... Un endroit hors du temps peuplé d'hommes et de femmes marqués au plus profond de leur chair par le plus beau sentiment qui existe. Un sentiment qui peut vous amener à vous dépasser mais qui peut également vous dévaster en quelques instants : l'amour.

MUD - la critique

Conte initiatique, fable prenant cadre dans un Sud encore imprégné de ses traditions et ses superstitions, drame, film d'aventures et thriller (avec sa fusillade finale tétanisante de brutalité)... Mud est tout ça à la fois et en même temps tellement plus. Jeff Nichols s'approprie avec une grâce (mise en scène magnifique de retenue et à la photographie à tomber) et une maîtrise déconcertantes différents genres du cinéma qui se trouvent "motivés" par le moteur même de la narration, à savoir l'amour. Du premier émoi d'Ellis pour May Pearl à la passion destructrice qui unit Mud à l'incendiaire Juniper (excellente Reese Witherspoon), en passant par la relation des parents d'Ellis qui s'éteint, c'est le pouvoir de l'amour et toutes les déceptions qu'il peut entraîner que Jeff Nichols place au centre de sa narration. Porté par des comédiens tout simplement bluffants (McConaughey est impérial tandis que le jeune Tye Sheridan livre une composition incroyable), Mud est un fantastique voyage dans le Sud des Etats-Unis où, bercée par le rythme de sa mythique Mystic River, la mise en scène se fait l'écho d'une mélancolie qui habite chacun des personnages et tutoie avec une aisance folle certaines des plus belles réalisations que compte le cinéma américain (Clint Eastwood et son Monde Parfait, Charles Laughton et sa Nuit du Chasseur).

Du cinéma classique dans le sens le plus noble du terme : beau, envoûtant et amené à laisser des traces sur la rétine.

MUD - la critique

Crédits photos : Lionsgate.

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