PACIFIC RIM - la critique

Pacific Rim, écrit par Travis Beacham & Guillermo del Toro. Réalisé par Guillermo del Toro. Avec Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi. USA - 2013. 132mn. Sortie le 17 juillet 2013.

 

Je suis en retard et j'ai honte... Le nouveau Guillermo del Toro, plus d'un mois après sa sortie... Je m'en vais me flageller à coups de ronces et je reviens! Alors que, si on lit le résumé et qu'on se penche sur la filmographie du réalisateur mexicain, j'aurai dû planter mon piquet de tente dès le 16 juillet au soir, il a fallu que je traîne au risque de rater cette expérience sur grand écran. Parce que oui, Pacific Rim est une expérience. Pas forcément du genre à fédérer les foules (le sujet peut, je dis bien "peut", sembler trop segmentant et ne s'adresser qu'aux geeks hardcore...) mais plutôt qui réussit à t'emmener, pendant plus de deux heures, dans un univers totalement autre mais auquel tu crois dur comme fer. Quand un studio US donne 200 millions de dollars à un réalisateur pour qu'il mette en boîte un projet qui n'est ni une suite, ni un remake, ni un reboot, ni une préquelle, ni... euh, on dit "Merci". Mais quand, en plus, le réalisateur t'offre exactement ce pour quoi tu es venu, tu redis "Merci"!

PACIFIC RIM - la critique

Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses venues d’ailleurs, les «Kaiju», ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes et épuisé les ressources naturelles de l’humanité pendant des années. Pour les combattre, une arme d’un genre nouveau a été
mise au point : de gigantesques robots, les «Jaegers», contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie grâce à une passerelle neuronale baptisée le «courant». Mais même les Jaegers semblent impuissants face aux redoutables Kaiju.
Alors que la défaite paraît inéluctable, les forces armées qui protègent l’humanité n’ont d’autre choix que d’avoir recours à deux héros hors normes : un ancien pilote au bout du rouleau (Charlie Hunnam) et une jeune femme en cours d’entraînement (Rinko Kikuchi) qui font équipe pour manoeuvrer un Jaeger d’apparence obsolète. Ensemble, ils incarnent désormais le dernier rempart de l’humanité contre une apocalypse de plus en plus imminente…

Des robots! Des monstres! Des bastons homériques! Pacific Rim, c'est, avec  Star Trek Into Darkness de J.J. Abrams, LE blockbuster de l'été. Rien de moins. Euphorisant et jouissif du moment où la lumière s'éteint à celui où elle se rallume pour laisser voir sur votre visage ravi un sourire béat. Ne vous cachez pas, j'étais pareil! Mise en scène de main de maître par Guillermo del Toro, la guerre totale qui oppose les Jaeger aux Kaïju a des goûts d'enfance retrouvée : celle où on fait se combattre le robot rouge dégôté au fond la boîte de céréales avec le monstre tout bleu offert dans Pif Gadget! On est heureux comme tout à l'idée de voir des gros mastodontes s'envoyer des mandales de fou tandis que les décors sont pulvérisés à la vitesse de l'éclair dans une déferlante d'effets pyrotechniques à faire passer Michael Bay pour un contemplatif dépressif! Véritable orgie des sens (le film servira sûrement de démo pour les écrans plats et les systèmes Home Cinema au moment de sa sortie en Blu-Ray...), Pacific Rim est un spectacle total qui, malgré son scénario prévisible, se révèle d'une énergie incroyable et bourré d'idées plus folles les unes que les autres. Ne sacrifiant jamais l'humain derrière les machines et les monstres qu'il affectionne tant, Guillermo Del Toro prouve avec son nouveau bijou que blockbuster n'est pas la négation d'auteur.

PACIFIC RIM - la critique

Je vais me permettre ici une petite parenthèse sur l'expression cinéma d'auteur qui a tendance à me hérisser le poil : si je suis d'accord pour classer les films selon leur genre (western, SF, polar, comédie...), opposer superproductions et films d'auteur me semble nier la personnalité du type derrière la caméra. Je m'explique : en quoi le fait de se voir gratifier d'un gros budget est-il antinomique d'un propos ou d'une thématique récurrente? Steven Spielberg, malgré des films s'attachant à parler de l'enfance, de l'illusion, de la cellule familiale ou encore de l'imaginaire, ne saurait donc être appelé un "auteur" sous prétexte qu'il fait des films à gros budgets? Dans ce cas, un gars qui a fait un long métrage flou, mal cadré et qui a vendu un rein et ses dents pour s'acheter de la pellicule sera qualifié d'auteur sous prétexte qu'il n'a pas eu le PIB d'un petit pays de l'Est pour mettre en boîte son film? Le "Oh, c'est un gros film américain à 300 millions de dollars... C'est pas à prendre au sérieux..." versus le "Oh... c'est un film qui vient du Pérou, doublé en croate et qui a coûté 12,5 roupies... C'est forcément une oeuvre profonde..." 

PACIFIC RIM - la critique

Parenthèse refermée mais qui était nécessaire pour aborder Guillermo del Toro et son investissement dans Pacific Rim. Certains pourraient être amenés à voir cette apocalypse monstrueuse et robotique comme une sorte de "pause" dans une carrière qui compte des oeuvres telles que Le Labyrinthe de Pan ou bien encore L'Echine du Diable... Ce serait oublier Blade 2 ou encore les deux superbes Hellboy que l'on doit aussi  à l'esprit débridé de del Toro et non pas à un homonyme qui s'évertuerait à calomnier le nom du réalisateur en tournant des superproductions hollywoodiennes! Parce que oui, del Toro peut alterner drames intimistes et blockbusters bourrés d'action sans pour autant perdre son âme. Pourquoi? Comment? Tout simplement parce que tous ses films ont justement une âme, un coeur! Ils respirent l'amour d'un réalisateur pour les monstres qui peuplent son oeuvre (Le Labyrinthe de Pan, les méchants de Blade 2 et Hellboy 2...) tout comme ils montrent le respect dont del Toro fait preuve lorsqu'il s'agit d'offrir au public un spectacle fun, grisant et surtout d'une sincérité salvatrice. S'inscrivant donc parfaitement dans une filmographie éclectique mais néanmoins logique dans ses thématiques, Pacific Rim est un film qui touche autant qu'il émerveille. Traversée de séquences qui risquent bien de rester gravées à vie sur la rétine (la bataille de Hong Kong, mon Dieu... le morceau de cinéma qui déboîte!), l'Apocalypse selon Guillermo est empreint d'une poésie rare et prouve (je le répète pour ceux qui doutent encore, malheureusement) que derrière le grand spectacle, il y a aussi un coeur qui vibre... 

PACIFIC RIM - la critique

Crédits photos : Warner Bros Pictures.

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