Magnum-serie

 

J'ai une petite idée de quand ça a commencé... Enfin, je ne me rappelle plus le jour exact mais je sais que c'était pendant des vancances d'été... et je sais quel épisode. Je me souviens quel épisode m'a fait plonger. Pas celui où McGyver construit un hélicoptère avec une pomme et un feutre, ni celui où les cousins Duke sautent au-dessus d'un ravin au volant de leur bolide orange (comme dans presque chacune de leurs aventures, d'ailleurs...).


MacGyver

 

Ce ne sont pas le brun et le blond aux chemises à carreaux ni le gars au couteau suisse qui m'ont donné le goût des séries, ou plutôt la passion... Non. Celui qui m'a fait plonger, c'est un détective privé moustachu. Son nom : Thomas Magnum. Particularités : souvent en short et conduit une Ferrari. Lieu d'action : Hawaï. En bonus : le générique le plus cool de tous les temps.

 

 


 

Et, fatalement, de graves conséquences sur un môme de 10 ans : envie d'arrêter l'école pour devenir détective, économiser pour s'acheter une voiture de sport mais aussi, malheureusement, une forte déprime face à l'absence de toute trace d'une quelconque future moustache...

C'est donc pendant des vacances scolaires, alors que je guettais la diffusion quotidienne du feuilleton de Donald P. Bellisario (Supercopter, NCIS), que j'ai compris que j'avais chopé un truc et que je n'arriverai sûrement jamais à m'en défaire (à ma plus grande joie, bien sûr) : une passion pour les séries télé.


magnum

En résumant Magnum à un privé en short et qui conduit une Ferrari, je ne rends pas justice à une série qui va bien au-delà de tout ça : Magnum, c'est surtout l'une des séries policières parmi les plus attachantes que je connaisse de par son humour, ses personnages (Tom Selleck, culte), ses enquêtes et son mélange des tons et des genres. Série policière, comédie (grâce à Higgins et son côté british coincé) et série sur la guerre, ou du moins sur les conséquences de la Guerre du Viêtnam (Thomas Magnum est un ancien soldat), encore très présente dans les mentalités américaines au moment de la diffusion en 1980. Magnum est un savant mélange de tout ça : risqué mais surtout incroyablement bien maîtrisé. Brillamment écrite, la série de Donald P. Bellisario et Glen A. Larson mêle habilement l'humour et le tragique tout en restant un divertissement enlevé et intelligent, et ce exactement de la même manière que le sera Code Quantum (une autre création Bellisario) quelques années plus tard. Pour toutes ces raisons, Magnum reste un monument de la télévision et une sorte de madeleine de Proust pour votre humble serviteur. Car c'est dans Magnum qu'il y a ce fameux épisode qui m'a fait plonger : Record Battu, le premier épisode de la saison 4.


record battu

 

Je ne l'oublierai jamais, il est gravé dans ma mémoire : je me souviens être assis sur le tapis du salon et ne pas pouvoir quitter les yeux de l'écran... (alors que j'étais censé préparer la table) et je me souviens avoir compris à cet instant, ou du moins avoir ressenti, tout ce qu'on pouvait exprimer en 42 minutes. Dans Record Battu, Magnum est parti faire du surf en solitaire et est pris dans un courant qui l'entraîne au large. A bout de forces, il se remémore quelques instants de son enfance... Cet épisode n'est pas représentatif de la série dans le sens où il ne propose pas d'enquête, pas de virée en Ferrari ou de séquence d'action mais il est représentatif de toute la subtilité d'écriture d'un show qui sait prendre des risques et proposer des intrigues profondément originales et émouvantes au sein d'un genre plutôt calibré.


starsky

C'est à partir de là que je suis vraiment "entré" dans les séries : j'en regardais déjà beaucoup, que ce soit Supercopter, 21 Jump Street, L'Agence Tous Risques ou Starsky et Hutch, mais sans forcément y faire vraiment attention. Après cet épisode de Magnum, cette période d'insouciance était finie : maintenant, je regardais qui écrivait, je faisais des fiches, je dévorais tout ce qui se rapprochait de près ou de loin aux séries télévisées (une interview de 4 lignes me comblait pour la semaine...) et notamment ce qui devint ma Bible, l'indispensable (et regretté) magazine Générations Séries... Je demandais aussi à mes parents ce qu'ils regardaient à leur époque et je découvrais ainsi que la programmation du samedi après-midi de M6 était ce qu'il me fallait avec Chapeau Melon et Bottes de Cuir et Amicalement Vôtre : des classiques intemporels dont j'apprenais petit à petit à percevoir les subtilités, l'inventivité et le ton unique. Je rêvais de séjourner dans le Village du Prisonnier, fantasmant l'idée d'y trouver les réponses à un épisode final cryptique, insensé et qui avait eu sur l'adolescent que j'étais un effet plus que marqué.


Le-prisonnier

 

Ensuite, ça va être un peu la séquence de name-dropping, comme dans un bouquin de Bret Easton Ellis : Urgences, Profiler, Le Caméléon, Friends, The Practice, Twin Peaks, Ally McBeal, L'Homme de Nulle Part... Des milliers d'heures passées devant l'écran à enrichir Alain Afflelou, des centaines de VHS usées à force d'être effacées et rembobinées. Je vivais pour les séries, je calais mon emploi du temps sur le programme TV, je voulais faire médecine comme George Clooney malgré mon 3 de moyenne dans les matières scientifiques... Je retenais mon souffle quand Ross disait le nom de Rachel au lieu de celui d'Emily à son mariage, je voulais savoir qui était vraiment Jarod dans Le Caméléon tout comme mon enquête progressait à grands pas pour démasquer l'assassin de Laura Palmer...


Twin-Peaks

 

A cette époque, Internet avait la vitesse d'un poney au galop : plus que lent. Il fallait attendre un an, voire plus, pour visionner la suite d'une série : impensable aujourd'hui où un épisode est disponibe dès le lendemain de sa diffusion, et en version sous-titrée qui plus est... Les médias français n'accordaient pas non plus le même intérêt aux séries télévisées : Télérama et Les Inrocks n'avaient pas encore découvert Six Feet Under, Sur Ecoute ou Mad Men... Ce sont donc des gens comme Alain Carrazé (et son émission Destination Séries sur Canal Jimmy), Christophe Petit (le magazine Génération Séries) ou Martin Winckler (dont l'ouvrage Les Miroirs de la vie constitue sûrement mon livre de chevet) qui nourrissaient ma passion et mon appêtit pour les séries télévisées. J'entendais parler de shows sans les voir, j'en connaissais les titres des épisodes sans même les avoir vus parce que je voulais les voir, je devais les voir... Ces épisodes qui les avaient marqués. Comme celui de Magnum m'avait marqué.


urgences

A la différence d'aujourd'hui où tout est là tout de suite, j'ai construit ma sériephilie sur la frustration : celle d'entendre parler de shows mythiques, à l'écriture parfaite et aux acteurs excellents mais qui m'étaient inaccessibles... Et quand je les ai finalement découverts plusieurs années après : l'impression étrange de revoir et de redécouvrir des amis, le bonheur de retrouver, enfin, ce que j'avais fantasmé pendant des années (Northern Exposure, NYPD Blue, The Practice).


thepractice

 

Au fil du temps, je n'ai cessé de regarder des séries, un maximum de séries : des déceptions (le dernier épisode d'Ally McBeal) et des surprises géniales (Seinfeld), des noms (David E. Kelley, Steven Bochco) et des séries inoubliables (Babylon 5, 24 Heures Chrono), des moments gravés à tout jamais dans ma mémoire (le final de la saison 2 d'Alias ou le dernier épisode de Cheers ). Tout simplement une vie vécue en parallèle de celle de mes héros avec des instants croisés (les problèmes de coeur de Dawson alors que j'étais lycéen), des ruptures et des retrouvailles (reprendre Chuck après deux ans de pause), des coups de gueule (pourquoi Serena?! Pourquoi?.. dans Gossip Girl) et des coups de coeur (Downton Abbey).


soprano

Pourquoi se passionner autant pour des personnages de fiction? Pourquoi passer des heures à chercher un sens à une réplique, à un regard? Parce que voir Jack, dans Lost, dire qu'il "faut y retourner" est un très grand moment de télévision. Parce que voir un écran noir clôturer six saisons des Soprano est un très grand moment de télévision. Parce que se relever en pleine nuit pour suivre sur France 2 l'épisode d'Urgences diffusé en direct des USA... ça peut paraître bizarre mais oui, c'est aussi un grand moment. Tout court.

Crédits photos : CBS, ABC, ITV, HBO.

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