SKYFALL - la critique

Skyfall, écrit par Neal Purvis & Robert Wade et John Logan. Réalisé par Sam Mendes. Avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Naomie Harris. GB/USA - 2012. 143mn. Sortie le 26 octobre 2012.

Il est préférable d'avoir vu le film avant de lire cette critique: certains éléments-clés de l'intrigue y sont dévoilés.

"Mon nom est Bond... James Bond". 1962-2012 : le plus célèbre des agents secrets fête ses 50 ans d'aventures au cinéma. En 22 films et six interprètes différents, le personnage créé par Ian Fleming aura marqué plusieurs générations de spectateurs et permis à la franchise produite par la famille Broccoli de devenir une des plus lucratives de l'Histoire du Cinéma. En cette fin d'année 2012, la mission de Skyfall (23ème film) est multiple : fêter dignement les 50 ans d'une saga unique, renflouer les caisses des studios MGM et entériner pleinement le renouveau opéré sur le personnage en 2006 avec l'excellent Casino Royale (et faire oublier au passage le décevant Quantum Of Solace). Autant dire que Sam Mendes était très attendu au tournant et que la pression devait juste être titanesque. Qu'il se rassure, et nous aussi par la même occasion : Skyfall est une vraie réussite.

SKYFALL - la critique

Une silhouette floue surgit au bout d'un couloir : elle s'avance lentement jusqu'à ce que l'on découvre le visage de James Bond. La note d'intention est claire : de l'obscurité à la lumière, du passé au présent, que reste-t-il de l'agent secret apparu sur les écrans il y a de cela 5 décennies? Est-il encore capable, à notre époque, d'exister?.. Par cette simple entrée en matière, Sam Mendes évacue toutes les craintes (compilation grossière de moments attendus, clins d'oeil appuyés aux spectateurs...) que l'on pouvait avoir vis-à-vis d'un film "schizophrène" qui devait à la fois rendre hommage et exister en tant que tel : c'est en plongeant littéralement vers les origines du personnage de Ian Fleming, vers son côté obscur que James Bond renaîtra… Casino Royale avait déconstruit 007, Skyfall va se charger de le remettre sur pied non sans avoir questionné sa viabilité et son utilité…

SKYFALL - la critique

Comme tout James Bond qui se respecte, le film démarre par une séquence d'action qui servirait de final à n'importe quelle autre production hollywoodienne : fusillade, poursuite voiture/moto/train, le prégénérique de Skyfall est scotchant de rythme et d'intensité brute et sert surtout de conclusion à ce qui avait été amorcé dans les deux précédents opus : 007 est abattu et laissé pour mort... Sa résurrection peut commencer.

Durant plus de deux heures, les scénaristes de Skyfall ne vont cesser de s'interroger sur les capacités de l'agent, ses forces et surtout ses faiblesses : c'est la place de 007 qui est ainsi questionnée au sein de la narration même du film mais également au niveau de l'Histoire du Cinéma et de la franchise James Bond.

SKYFALL - la critique

Depuis Casino Royale, notre héros se révèle plus sombre, en proie au doute et plus que jamais humain (la métamorphose du personnage avait en fait déjà été amorcée sur les opus avec Timothy Dalton, notamment Permis de Tuer, sans succès malheureusement…) : les ennemis ont changé et Bond se doit de changer à son tour. Comme le martèle sa supérieure M (excellente Judi Dench), la Guerre Froide est finie et le mode de pensée de Bond est obsolète : les adversaires sont beaucoup moins facilement identifiables et il faut savoir s'adapter à son époque. Le message est clair : James Bond accuse son âge et il est temps de se renouveler et de montrer qu'il a encore une place dans le 21ème siècle. Comme le dit si bien le personnage incarné par la superbe Naomie Harris, notre héros est un "vieux singe avec de nouvelles grimaces"...

SKYFALL - la critique

Sam Mendes, avec son intrigue, joue brillamment sur la "double identité" de Skyfall : hommage à toute une mythologie (le retour de Q, l'Aston Martin de Goldfinger...) et achèvement d'une mutation. Une mutation qui prendra la forme d'une véritable psychanalyse : face à un ennemi (Javier Bardem en très grande forme) qui ne cherche qu'à tuer la Mère (M), James Bond n'aura pour seul recours que de se réfugier vers le lieu qui l'a vu grandir et qui a fait de lui l'homme qu'il est, à savoir la maison familiale.

C'est dans sa séquence finale que Skyfall révèle toute ses richesses, visuelle (la photo de Roger Deakins, collaborateur des frères Coen, est fabuleuse) et thématique : nous n'assistons pas au final classique de tout James Bond, à savoir l'attaque de la base du méchant mais au contraire à l'attaque, par le méchant et ses hommes, du manoir familial des Bond où l'agent secret et M se sont retirés. C'est cette fois-ci la base de James Bond, au sens littéral (le lieu) et figuré (l'enfance), qui est mise à mal... jusqu'à sa destruction totale. Bond peut enfin se relever et aller de l'avant.

SKYFALL - la critique

Grâce à un scénario classique mais plutôt malin, Sam Mendes réalise ainsi avec Skyfall un des meilleurs films de la franchise (la mise en scène est superbe et les séquences d'action bluffantes) et surtout le meilleur depuis l'arrivée de l'excellent Daniel Craig : ce dernier parvient à exprimer avec une retenue impressionnante toute une palette d'émotions (ses failles, ses blessures) qui achèvent de faire de cette relecture du mythe une totale réussite. Le 21ème siècle a une place pour l'agent secret au service de sa Majesté : il aura fallu pour cela le malmener (Casino Royale et Quantum of Solace),  pour mieux le reconstruire (Skyfall). Si on considère que chaque interprète de James Bond représente en soi une résurrection, celle-ci est sûrement la plus forte et la plus frontale. C'est un bien beau cadeau d'anniversaire pour 007.

Crédits photos et résumé : Sony Pictures, AlloCiné.
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