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Aux Etats-Unis, on l'appelle Suits... Au Québec, d'après une source proche du dossier, on l'appelle Les deux font la paire... En France, rien. Pourquoi? Tout simplement parce que la série d'Aaron Korsh reste honteusement inédite dans nos contrées. Et non, ce n'est pas juste : alors qu'on se tape des rediffusions de la franchise CSI et de The Mentalist (série que j'aime beaucoup au demeurant) jusqu'à l'écoeurement, il y a des shows solides, drôles et très bien écrits qui n'ont pas droit de cité sur nos écrans... Dans un monde idéal, j'intenterai un procès au PAF. Et je demanderai à Harvey Specter de me représenter.

Harvey qui? Harvey Specter, l'avocat le plus classe de la télévision US, tout simplement. Petit topo.


Avocat très ambitieux d'une grosse firme de Manhattan, Harvey Specter a besoin de quelqu'un pour l'épauler. Son choix se porte sur Mike Ross, un jeune homme très brillant mais sans diplôme, doté d'un talent certain et d'une mémoire photographique très précieuse. Ensemble, ils forment une équipe gagnante, prête à relever tous les défis. Mike devra cependant user de toutes les ruses pour maintenir sa place sans que personne ne découvre qu'il n'a jamais passé l'examen du barreau.

 

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Diffusée  sur la chaîne USA Network, dont le slogan "Characters welcome" (personnages bienvenus) lui sied à merveille, Suits est de ces séries qui ne paient pas de mine de prime abord : oh, une série avec des avocats!

Ps : sûrement l'une des phrases les plus prononcées devant un écran de télé après "Oh, une série avec des flics!" et "Oh, une série avec des médecins!" 

Pourtant, la série d'Aaron Korsh se distingue rapidement par le soin tout d'abord apporté à ses personnages : c'est bien simple, il faut à peu près trois minutes au pilote pour nous rendre accro aux "suits". Entre Harvey Specter, l'avocat arrogant (mais attachant) qui clame haut et fort qu'il est meilleur... parce qu'il l'est (!) et Mike Ross, le petit génie pétri d'idéalisme, l'alchimie est immédiate... et avec le téléspectateur aussi. Punchlines savoureuses, dialogues qui vont à toute vitesse, répliques brillantes, références jouissives (Breakfast Club, Springsteen)... n'en jetez plus, Suits est une machine rôdée à la perfection qui compense son manque d'originalité par une écriture solide et un rythme qui ne faiblit jamais. On reviendra sur les intrigues un peu plus tard mais intéressons-nous un peu à la faune qui constitue le cabinet le plus chic de Manhattan.


 

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Loin d'être en reste, les autres personnages qui travaillent chez Pearson-Hardman apportent à la série une vraie fraîcheur et une véritable épaisseur : Jessica Pearson, incarnée par Gina Torres, est l'associée senior qui gère la boutique et qui a une confiance absolue en Harvey ; Rachel Zane est la juriste romantique et brillante mais qui, par manque de confiance, n'arrive pas à passer son examen du barreau ; Donna, la secrétaire d'Harvey est curieuse, insolente mais surtout d'une fidélité sans faille envers son patron, même dans les pires tourments ; et enfin, selon le vieil adage qui dit qu'il faut toujours soigner son "méchant", on trouve Louis Litt, associé acharné de travail qui prend un malin plaisir à torturer les apprentis et aigri de ne pas avoir la reconnaissance qu'il mérite. Louis Litt est une mine d'or en ce qui concerne les répliques cultes, les comportements odieux mais le personnage révèle plusieurs fêlures qui le font rapidement dépasser le stade du simple antagoniste. Chacun de ces personnages participe à faire de Suits une série enlevée et au capital sympathie énorme.

 

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Mis à part le secret qui lie Harvey à Mike (son absence de diplôme), la saison 1 de Suits jouera très peu sur les intrigues feuilletonnantes à rallonge : elle utilise au contraire, et à très bon escient, le principe du "cas de la semaine". Loin d'être redondant, le procédé participe pleinement à la réussite du show en montrant la variété d'affaires auxquelles nos héros sont confrontés : entre les fusions d'entreprises, les problèmes de brevets et les délocalisations, Aaron Korsh et ses scénaristes s'intéressent à un milieu, celui des affaires, finalement assez peu représenté sur les écrans et qui s'avère assez intéressant. Malgré certains termes juridiques un peu alambiqués (mais si on a été accro à The Practice et Boston Legal de David E. Kelley, ça peut aider!), la série ne nous perd jamais en cours de route et développe tranquillement son univers sur ses douze premiers épisodes : on fait connaissance avec les personnages, on les adore (ce n'est pas possible autrement!), on les voit "grandir" et se battre pour ce qu'ils désirent vraiment (Mike et son copain-boulet d'enfance qui l'empêche d'avancer)... pour faire simple, on s'attache! Il y a très peu de séries récentes qui ont réussi à me rendre accro aussi vite : les héros de Suits sont classes, chics, brassent des millions de dollars toutes les secondes mais n'oublient pas d'avoir un coeur.

 

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Cette mécanique bien huilée, Aaron Korsh s'amuse à la faire exploser dans une saison 2 retorse et brillamment écrite : toujours pas achevée au moment où j'écris ces lignes, cette saison marque le retour de Daniel Hardman (de Pearson-Hardman si vous suivez...) pour une intrigue presque intégralement feuilletonnante (je suis joie, j'adore les feuilletons!), au scénario proprement machiavélique (ça se sent que c'est pas écrit à l'arrache) qui trouvera une première conclusion au terme de l'épisode 10, sûrement le meilleur épisode de la série pour le moment.

Revenue en janvier pour sa dernière ligne droite (les séries de USA Network, comme Burn Notice ou White Collar, voient leur diffusion coupée en deux) et avant sa troisième saison prévue pour l'été 2013, Suits semble très bien partie pour achever en beauté une histoire palpitante qui aura mis nos nerfs et ceux des personnages à rude épreuve. Aaron Korsh a parfaitement négocié le virage de la toujours difficile saison 2 (il faut conforter le téléspectateur tout en y allant plus "fort") et on ne peut qu'espérer que sa série sorte un peu de l'anonymat et vienne squatter les discussions des sériephiles... Ben oui, il n'y a pas que Game Of Thrones dans la vie!

 

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Crédits photos : USA Network.

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