Wolverine - le combat de l'immortel, écrit par Christopher McQuarrie, Mark Bomback, Scott Frank. Réalisé par James Mangold. Avec Hugh Jackman, Hiroyuki Sanada, Tao Okamoto, Famke Janssen. USA/Australie - 2013. 126mn. Sortie le 24 juillet 2013.

 

Jusqu'en mars 2011, The Wolverine (titre original de Wolverine : le combat de l'immortel, qui lui sonne aussi bien qu'une réplique de notre Christophe Lambert national) était un projet sacrément excitant. Un projet à même de réconcilier les fans de blockbusters et de comic-book movies et les amateurs de cinéma d'auteur (à prononcer avec la bouche en cul-de-poule, ça rend mieux...). Même si le bel étron de Gavin Hood, X-Men Origins : Wolverine, avait ramassé un gros pactole de par le monde, les exécutifs de la Fox savaient bien qu'ils allaient finir en slip sur la place publique s'ils ne relevaient pas le niveau dans une suite forcément inévitable... Parce que gros pactole de par le monde. Logique, tout ça. 

 

Ce qui l'était moins par contre, c'est le choix du réalisateur, à savoir Darren Aronofsky, cinéaste surdoué responsable, entre autres, des chocs Requiem For A Dream et Black Swan. Bref, le gars qui apparaît en dernier sur la liste pour mettre en boîte la suite des aventures solo de Logan aka Wolverine aka le "prof d'Art" (ça, c'est pour ceux qui ont de la mémoire!)

En ajoutant Christopher McQuarrie au scénario, c'est-à-dire l'homme qui a écrit (ou tapé) Usual SuspectsWalkyrie et Jack Reacher, ce Wolverine 2 se taillait une place de choix sur le podium des films les plus attendus. Si on ajoute l'histoire tirée du run écrit par le duo Chris Claremont et Frank Miller (Sin City), où notre super-héros se retrouve au Japon pour taillader du yakuza à la chaîne et qui a toujours eu les faveurs des fans des X-Men, la Fox avait de quoi être fière d'elle : on pouvait refourguer X-Men Origins : Wolverine dans le bac à soldes, on voulait voir The Wolverine! Tout de suite! Et puis, par un triste matin de mars 2011, la nouvelle est tombée : Darren Arronofsky quittait le projet...

Résultat des courses? Deux ans plus tard, c'est le nom de James Mangold qui apparaît au générique de Wolverine : le combat de l'immortel (mon dieu... Faut pas s'étonner des à-priori de certains avec des titres pareils...). James qui? Mangold. Réalisateur entre autres des excellents CoplandWalk The Line et Identity (vous savez, le film où il faut pas raconter que la chute c'est en fait que...). Un metteur en scène un peu touche-à-tout qui, sans avoir de vrai style directement identifiable, n'en reste pas moins un cinéaste solide et capable de livrer des pellicules bien sympathiques (3h10 pour Yuma, par exemple). Un choix qui peut néanmoins faire peur tant il amène à penser que la Fox a retourné sa veste et qu'elle a abandonné toute velléité de livrer autre chose qu'un divertissement calibré et bien propre sur lui. Ce qui est un peu le cas de Wolverine, soyons honnêtes. Pour continuer dans l'honnêteté, ajoutons que ces nouvelles aventures en solo arrivent sans mal à faire oublier le calamiteux film de Gavin Hood. Certes, il était difficile de faire pire mais c'est quand même bien de le dire. D'une part, pour rassurer les exécutifs de la Fox qui ont peur de finir en slip sur la place publique et d'autre part, pour les lecteurs qui arrêteront cette critique ici parce qu'ils auront eu leur réponse. Alors oui, Wolverine c'est bien. 

 

Mais (ça, c'est pour ceux qui continuent), comme le disaient si bien Les Nuls, c'est "bien mais pas top". La faute à quoi? La faute à qui? Pas à Mangold, déjà, soyons clairs là-dessus. Si on ne peut maintenant plus que fantasmer sur ce qu'aurait donné le personnage de Logan sous la caméra d'Arronofsky, il faut reconnaître que le réalisateur du décomplexé Night & Day fait bien son boulot : une production design assez soignée, des décors naturels qui flattent la rétine et des séquences d'action qui, à défaut de révolutionner le cinéma, se révèlent lisibles et vierges de tout surdécoupage à même de vous faire péter un nerf au niveau des yeux. C'est bête à dire mais ça fait du bien de savoir qui est qui, qui tape qui et qui court où... (Ndr : N'essayez pas de répéter cette phrase)

 

 

Le problème principal de The Wolverine consiste dans le fait que la plupart de ses cartouches sont grillées à peine à la moitié du film... et qu'après ça, ben ça se suit gentiment mais sans pour autant s' accrocher aux accoudoirs. Tout est si convenu et "anticlimatique"dans le déroulement qu'on en vient à se demander si les bobines n'ont pas été inversées par un projectionniste endormi et/ou saoûl... Je m'explique. Le prologue de The Wolverine est vraiment très bon : découvrir Logan quelques instants avant le bombardement de Nagasaki durant la Seconde Guerre Mondiale puis le retrouver à notre époque en ermite hirsute (Ndr : N'essayez pas de répéter cette phrase) confronté à sa propre bestialité (l'ours dans les bois), malheureusement incomprise par les humains, font partie des meilleurs moments du métrage de James Mangold, et ce par la force d'un script et d'une mise en scène maîtrisés. L'arrivée au Japon de notre ami aux grandes griffes continue de plus belle et le place avec jubilation dans une société qu'il ne connaît pas et dont les us et coutumes lui sont totalement étrangers : encore une fois, le réalisateur de Walk The Line emballe le tout avec un savoir-faire certain et on se réjouit déjà de voir le film continuer sur cette lancée plus que prometteuse. Surtout qu'arrive ensuite la première séquence d'action et qu'elle est carrément jouissive : des coups de griffes, des coups de katana, un ninja et son arc, un train lancé à vive allure... En gros, ça dépote et il n'en fallait pas plus pour que je me lève de mon siège et hurle : "Yeah! Aux chiottes Gavin Hood!!"

 

 

La suite de la séance m'aura appris que : 1) c'est pas bien de crier dans un cinéma 2) c'est quand même un peu con de construire un film sur un decrescendo... Parce que passée cette première heure emballante, Mangold passe la troisième et adopte la conduite pépère jusqu'à la fin : des rebondissements qui n'étonneront que... qui n'étonneront personne en fait, des personnages secondaires pas spécialement attachants et un climax honteusement banal et qui annihile totalement le côté exotique de l'entreprise. Là où The Wolverine parvenait à très bien retranscrire le côté "poisson hors de l'eau" dans sa première moitié, le voir se conclure d'une manière aussi générique fait un peu mal au coeur. Dommage. 

Là, le lecteur attentif se souviendra que j'avais dit que : "Alors oui, The Wolverine c'est bien". On dirait pas pourtant! Et bien si, quand même. Parce que le tout est bien shooté, qu'on ne s'ennuie pas (moins que sur Man Of Steel par exemple) et que Hugh Jackman assure le spectacle : bestial, drôle, badass comme pas deux, Jackman est Logan, pas de doute là-dessus! Décidé à faire oublier son aventure précédente, il se démène comme un diable pour nous offrir un grand show digne de ce nom. L'intention est très louable. Mais niveau grand spectacle, c'est sûrement du côté de Bryan Singer et de son X-Men : Days Of Future Past qu'il faudra compter! A ce propos, interdiction de quitter la salle avant la fin du générique : 1) parce que ça se fait pas 2) parce que X-Men : Days Of Future Past...

Hâte!!

 

Crédits photos : 20th Century Fox.

Retour à l'accueil