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World War Z, écrit par Matthew Michael Carnahan, J.M. Straczynski, Drew Goddard & Damon Lindelof. Réalisé par Marc Forster. Avec Brad Pitt, Mireille Enos, James Badge Dale. USA/UK - 2013. 116mn. Sortie le 03 juillet 2013.

 

Un jour comme les autres, Gerry Lane et sa famille se retrouvent coincés dans un embouteillage monstre sur leur trajet quotidien. Ancien enquêteur des Nations Unies, Lane comprend immédiatement que la situation est inhabituelle. Tandis que les hélicoptères de la police sillonnent le ciel et que les motards quadrillent les rues, la ville bascule dans le chaos...

Les gens s’en prennent violemment les uns aux autres et un virus mortel semble se propager. Les êtres les plus pacifiques deviennent de redoutables ennemis. Or, les origines du fléau demeurent inconnues et le nombre de personnes infectées s’accroît tous les jours de manière exponentielle : on parle désormais de pandémie. Lorsque des hordes d’humains contaminés écrasent les armées de la planète et renversent les gouvernements les uns après les autres, Lane n’a d’autre choix que de reprendre du service pour protéger sa famille : il s’engage alors dans une quête effrénée à travers le monde pour identifier l’origine de cette menace et trouver un moyen d’enrayer sa propagation…

 

Dans la guerre que se livrent les studios hollywoodiens en cette période estivale, soit l'une des plus importantes en terme de grosses sorties, il est impossible d'assurer avec certitude qui en ressortira vainqueur... Alors que l'indétrônableWill Smith vient de se manger son premier vrai bide avec le After Earth de M. Night Shyamalan et ses 150 millions de dollars de budget, Brad Pitt caracole en tête du box-office avec ses zombies sprinteurs. Pourtant, s'il y a bien un film qui sentait le sapin et qu'on a vite catalogué dans la rubrique des désastres annoncés, c'est World War Z.

 

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Entre un script pas fini au moment du tournage, des tensions de plus en plus vives entre le réalisateur Marc Forster (Quantum Of Solace) et sa star, de multiples réécritures qui auront vu défiler Drew Goddard (Cloverfield), Christopher McQuarrie (Usual Suspects) et Damon Lindelof (Lost) pour tenter de donner une tenue à un scénario "catastrophe", un acte final totalement retourné et qui a fait grimper le budget vers des hauteurs indécentes et reporter la sortie de plusieurs mois, l'adaptation du livre de Max Brooks arrivait déjà avec les deux pieds dans le cercueil. Alors que, batte à la main et prêt à le défoncer dès les premières secondes, on s'attendait à un film bâtard tout honteux, voilà que Marc Forster nous livre un blockbuster sacrément efficace, bien rythmé et ponctué de séquences franchement excitantes. Ce qui s'annonçait comme un accident industriel à même de fragiliser Hollywood et son système des tentpoles (en gros , des films démesurément chers sur lesquels les studios misent tout... pour le meilleur ou pour le pire!) se révèle finalement être un très bon divertissement estival... Bref, Brad, on te demande pardon!

 

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D'emblée, intéressons-nous aux points qui peuvent fâcher, comme ça ce sera fait et on pourra se concentrer tranquille sur ce qui fait de World War Z non pas une réussite exemplaire, mais un honnête métrage à même de vous faire passer deux bonnes heures de détente dans la fraîcheur d'une salle de cinéma.

Déjà, vous pouvez emmener tout le monde : comme Tintin, World War Z, c'est de 7 à 77 ans. Pas une goutte de sang, rien de gore, rien de frontalement traumatisant : à ce niveau-là, une simple bande-annonce d'un épisode de The Walking Dead sera sûrement plus violente. On pourra parler d'arnaque, j'en conviens. Sans forcément demander un déferlement de tripailles et autres réjouissances, on pourrait être en droit d'attendre un film un peu moins frileux de ce côté-là et qui ne joue pas si clairement l'auto-censure pour ne pas choquer mémé... En même temps, avec un budget de plus de 200 millions de dollars (hors promotion...), on peut comprendre que les producteurs aient eu un minimum envie de se rentabiliser et donc de ne pas se priver d'un potentiel public familial attiré par Brad et ses cheveux longs... Pour faire simple, ce n'est pas Zombie de George Romero! Et c'est de là que pourra également venir le second gros reproche que l'on peut faire à World War Z, à savoir celui de ne pas se servir de ce contexte de chaos mondial pour faire une analyse de notre société moderne, comme avait pu le faire le papa de la saga des mort-vivants avec sa satire cinglante du consumérisme à outrance. Alors que le livre de Max Brooks, au travers des témoignages des survivants, exposait un point de vue géopolitique quant à ce que ferait l'Humanité si elle était confrontée à un conflit de ce genre, le film de Marc Forster laisse de côté ces préoccupations pour se concentrer (et se contenter?..) sur le chaos lui-même, l'urgence de la situation.

 

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Pourtant, passé ce "handicap" d'une réflexion absente, on se rend vite compte que World War Z carbure justement à l'adrénaline et à l'immédiateté. Dès les premières minutes, le spectateur est pris à la gorge et, pendant presque deux heures, le réalisateur prendra un malin plaisir à ne pas relâcher la pression. Les présentations de Pitt et sa famille à peine terminées que les voilà déjà plongés dans une séquence franchement estomaquante : c'est la panique, c'est un carnage (version ultra-soft, je le répète...) mais qu'est-ce que c'est bon! Autant la mise en scène très cut de Forster m'avait vraiment soûlé sur Quantum Of Solace (avec sa poursuite du début où on comprend rien de rien), autant elle se révèle ici fort à propos et sert particulièrement l'état de débâcle qui se joue devant nous. Avec ses zombies qui déboulent à toute vitesse, ses plans aériens qui savent conjuguer avec brio figurants par centaines et CGI, l'attaque de Philadelphie est une mise en bouche accrocheuse, visuellement percutante et qui annonce d'entrée de jeu ce sur quoi World War Z sera construit : le rythme. Comme le dira Brad Pitt un peu plus tard dans le métrage: "Le mouvement, c'est la vie"... Et du mouvement, il va y en avoir! La machine est lancée et rien ne semble devoir (pouvoir) arrêter l'enquête de notre héros globe-trotter : de la Corée au Pays de Galles en passant par Jérusalem, c'est à véritable tour de grand huit que nous convient Forster et ses scénaristes, ne laissant jamais le soufflé retomber à grands coups de séquences intenses, spectaculaires, visuellement splendides (l'explosion nucléaire vue du ciel...). On râle souvent (en tout cas, moi je le fais...) lorsqu'on découvre qu'un film a coûté une fortune alors qu'à l'écran ça ne se voit pas... Là, difficile de faire la fine bouche lorsqu'on nous balance une séquence telle que l'attaque de Jérusalem, véritable morceau de bravoure de World War Z qui justifie à lui seul la vision du film sur un grand écran. Prenant, captivant, survitaminé et proposant des instantanés dantesques de fin du monde, ce passage est un pur concentré de terreur et d'efficacité brute!

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Quid de ce fameux final réécrit et retourné à grands frais?.. Après ces moments dignes des meilleurs films "catastrophe" (ce qu'est World War Z finalement, plus qu'un film d'horreur) où la mise en scène se montre d'une ampleur proprement spectaculaire (on en a pour son argent, vraiment!), Drew Goddard et Damon Lindelof, les scénaristes responsables de ces modifications, décident de conclure sur une note beaucoup plus calme et jouant la carte du suspense plus que celle du grand spectacle... Pourtant, loin de décevoir, ce choix se révèle intelligent car il permet au film de se confronter enfin aux codes du genre. Alors que Marc Forster avait fait de ses zombies une masse obsolète envahissant littéralement l'écran, il offre un vrai face-à-face avec les infectés en guise de climax. Classique et attendu certes, mais qui permet au film de se conclure sur une très bonne note en évitant avec malice le piège du bigger and louder (qui n'aurait fait, paradoxalement, qu'amoindrir la portée des séquences précédentes). Les traces de la première fin tournée restent visibles au moment de l'épilogue et on peut espérer les voir figurer dans la future édition blu-ray... ou dans World War Z 2! Ben oui, une suite est prévue car la guerre ne fait que commencer... cool!


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Crédits photos : Paramount Pictures.


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