JURASSIC WORLD - la critique

Jurassic World, écrit par Rick Jaffa & Amanda Silver et Derek Connolly & Colin Trevorrow. Réalisé par Colin Trevorrow. Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Vincent D'Onofrio, Omar Sy, Nick Robinson. USA - 124mn. Sortie le 10 juin 2015.

L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d'attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

JURASSIC WORLD - la critique

Absente des écrans de cinéma depuis Jurassic Park III de Joe Johnston en 2001 (et si l'on excepte la ressortie du premier opus en 2003 en 3D), l'une des plus célèbres franchises du 7ème Art fait donc son grand retour dans une année 2015 qui fleure bon le revival (Mad Max Fury Road, Terminator Genisys, Star Wars : le réveil de la Force). Et si je dois avouer que je n'en attendais pas spécialement grand chose (aidé en cela par une campagne promo agressive faite de teasers, trailers et autres spots TV à ne plus savoir qu'en faire, si ce n'est nous gaver!), il ne fallait pas non plus que Jurassic World soit un affront à mon réalisateur préféré (Steven Spielberg) et à mon enfance. Non mais, oh!

Ce qui fait que je l'attendais un peu quand même. Prêt à lui sauter dessus et à le déchiqueter en petits morceaux.

Résultat?

Maximus plaisirus ou intensus deceptionicus? (Toi aussi, joue avec moi et invente des noms...)

JURASSIC WORLD - la critique

Comme je le disais un peu plus haut, Jurassic Park c'est Steven Spielberg et c'est mon enfance. J'ai découvert le film sur grand écran quand j'avais 11 ans et le souvenir de cette projection est encore ancré dans ma mémoire : l'excitation d'un gamin à qui on propose une aventure exceptionnelle, des effets spéciaux hallucinants (et qui tiennent toujours très bien la route), des personnages attachants (Jeff Goldblum génial), un script carré et efficace signé David Koepp (Mission : Impossible), une réalisation qui, si elle ne compte pas parmi les meilleures du maître (Rencontres du 3ème type, Minority Report), aligne tout de même des séquences inoubliables telles que la première attaque du T-Rex ou celle des raptors qui jouent à cache-cache dans une cuisine...

Bref, quand tu as 11 ans, Jurassic Park c'est un rêve directement imprimé sur une pellicule. Et à en croire le carton de ce premier opus et l'aura qui l'entoure, on est beaucoup à avoir eu le même rêve et à remercier Steven Spielberg de l'avoir réalisé!

Alors, quand on entend qu'un nouvel épisode est prévu, faisant suite à des volets sympathiques mais bien loin du divertissement parfait proposé par le premier, le doute s'installe. Et à raison. Combien de franchises gâchées par le film de trop? Combien de jolis souvenirs jetés aux orties par une bande d'exécutifs tout juste bons à encaisser l'argent au détriment du divertissement bien fait? Combien de A Good Day to Die Hard, de Star Wars - Episode 1 : La Menace Fantôme ou d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal indignes de leurs prédécesseurs et jetant l'opprobre sur des sagas vénérées par des millions de spectateurs de par le monde? La crainte de voir Jurassic World rejoindre ces peu glorieux exemples nous assaille donc au moment où la lumière s'éteint...

JURASSIC WORLD - la critique

Et puis finalement, une sorte de magie opère et Jurassic World gagne petit-à-petit ses galons de divertissement fun et racé, idéal pour une soirée entre potes ou en famille. Très calibré dans son écriture et son déroulement, le film de Colin Trevorrow n'en reste pas moins d'une efficacité et d'une tenue qui font défaut à pas mal de blockbusters récents : s'il n'arrive pas à la cheville des deux dernières bombes balancées par les majors et qui seront sûrement amenées à susciter mouts débats et interprétations dans les années à venir (Mad Max Fury Road pour son inventivité qui a trouvé un public réceptif et A la poursuite de demain pour son inventivité... qui n'a pas du tout touché son audience!), Jurassic World tient néanmoins la dragée haute face à ce qui semble être la norme actuelle en terme de blockbusters, à savoir des films où la surenchère tous azimuts est le mot d'ordre et où la notion de divertissement bien fait est absente. Oui, Fast and Furious 7, je parle de toi. Oui, Avengers 2, je parle aussi de toi!

Parce qu'en élève appliqué de Steven Spielberg, Colin Trevorrow prend son temps pour nous dévoiler ses bestioles : si l'attraction principale de ce nouvel épisode de la franchise (et du parc en lui-même) est bien sûr l'Indominous Rex, ce dinosaure 100% modifié génétiquement, il ne nous est toutefois pas dévoilé tout de suite... Et dans un environnement où la mesure semble avoir été définitivement bannie par les studios, on peut dire que cette construction d'un certain suspense, d'une certaine tension est on ne peut plus agréable. Ce côté old school fait franchement plaisir, avouons-le et on se laisse tranquillement embarquer dans une aventure bien menée, sans temps mort et visuellement soignée. Ne me faites néanmoins pas dire ce que je n'ai pas dit, Jurassic World n'est pas un film génial, ni un modèle d'originalité : on se retrouve encore une fois avec deux gamins comme référents, les clichés s'accumulent tout au long du récit (les méchants scientifiques qui se prennent pour Dieu, le héros méga-cool) et aucune surprise ne viendra vraiment vous faire sursauter sur votre siège... Mais le job est fait très correctement et c'est déjà pas mal!

 

JURASSIC WORLD - la critique

Enfin, il serait injuste de ne pas mentionner ce qui donne aussi à Jurassic World un supplément d'âme non négligeable : son regard assez jubilatoire sur l'industrie du divertissement. Parce que ce parc où on a créé quelque chose de plus grand, de plus fort en réponse à un public pour qui le simple fait de voir des dinosaures ne suffit plus... ben, c'est Hollywood tout simplement. Cette industrie du cinéma qui en fait toujours plus, qui met en jeu des sommes de plus en plus astronomiques pour contenter (ou qui croit contenter) un public avide de bigger and louder. Le message n'est pas forcément finaud mais son traitement est sympathique et réserve quelques belles piques bien senties sur des patrons de studios entièrement soumis aux desideratas de son audience et incapables de proposer autre chose que de la surenchère, de l'énorme. Et d'achever ce questionnement (tout est relatif, hein...) par un combat titanesque entre l'Indominous Rex (le blockbuster actuel) et un ancien ennemi qu'il est bon de revoir (le blockbuster à l'ancienne) : inutile de dire que j'ai vite choisi mon camp!

JURASSIC WORLD - la critique

Loin du désastre attendu, le coup d'essai de Colin Trevorrow (Safety Not Guaranteed) dans le domaine du blockbuster estival (et Dieu sait que la concurrence est rude...) s'avère être un divertissement soigné, fun et parfait pour passer un bon moment dans une salle climatisée : l'intrigue est classique mais solide et bien menée, la mise en scène ne verse pas dans le "m'as-tu-vu" que l'on pouvait redouter et plusieurs séquences vous fileront un joli sourire satisfait sur le visage. Le tout emmené par le parfait Chris Pratt et l'excellente partition de Michael Giaccino qui se paye décidément une bien belle année 2015 (Jupiter Ascending, A la poursuite de demain, Vice-Versa)!

Mais il convient quand même de bien nuancer ces qualités, surtout au regard de tous les records accumulés au box-office depuis sa sortie : Jurassic World est très sympa, bien foutu mais ça ne va pas forcément plus loin... L'avenir nous donc dira s'il aura le même statut de classique que Jurassic Park d'ici 20 ans...

Et là, rien n'est moins sûr.

JURASSIC WORLD - la critique

Crédits photos et résumé : AlloCiné, Universal Pictures.

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